TECALBO et bullotomie ventrale 

M. JACQMIN, DVM, MSc, ancien résident ECVS

Anatomie de l’oreille chez le chien et le chat : 

L’oreille du chien et du chat est constituée de plusieurs parties distinctes : 

  • L’oreille externe, composée du pavillon de l’oreille (constitué du cartilage conchinien donnant sa forme à l’oreille) et du conduit auditif externe, avec une partie verticale et une partie horizontale. 
  • L’oreille moyenne qui comprend les osselets (marteau, enclume et étrier) et la bulle tympanique, en arrière du tympan. Contrairement au chien, la bulle tympanique du chat est divisée en deux compartiments bien distincts. La bulle tympanique présente une ouverture la connectant au nasopharynx (gorge) par l’intermédiaire de la trompe d’Eustache. 
  • L’oreille interne, qui comprend les organes de l’audition et de l’équilibre. 

Quelles sont les indications de la TECALBO (pour Total Ear Canal Ablation and Lateral Bulla Osteotomy, soit en français une ablation totale du conduit auditif avec bullotomie latérale) ? 

Les deux principales indications (non exhaustives) sont : 

  • Les otites chroniques externes à un stade terminal (le plus fréquent), ne répondant pas au traitement médical et entrainant une douleur permanente, et souvent un port de tête anormal. Lorsqu’une otite externe devient chronique, elles peuvent conduire à une ulcération puis une perforation du tympan. Cette infection initialement externe se transforme alors en otite moyenne, d’où la nécessité d’ouvrir et drainer la bulle tympanique. 
  • Les processus néoplasiques (tumeurs du conduit auditif externe).

La conformation de l’oreille est extrêmement variable d’une race à l’autre chez le chien. Notons ainsi que les Cockers représentent à eux seuls 43 à 60% des cas de TECALBO. 

Quelles sont les indications de la bullotomie (ou trépanation de la bulle tympanique) ? 

La bullotomie est indiquée en cas d’atteinte (otite, polype, tumeur, cholestéatome …) de l’oreille moyenne sans atteinte de l’oreille externe associée. Chez le chat, les polypes inflammatoires situés dans l’oreille moyenne sont fréquents et correspondent à une masse originaire de l’épithélium de la bulle tympanique ou provenant de la trompe d’Eustache. Ces polypes existent aussi chez le chien mais sont beaucoup plus rares. Ils touchent surtout les jeunes chats et font souvent suite à un passage viral au sein des vois respiratoires hautes. 

➔ Finalement, la TECALBO est le plus souvent réalisée chez le chien (conformation de l’oreille prédisposant aux otites chroniques initialement externes), tandis que la bullotomie ventrale est essentiellement réalisée chez le chat. 

Démarche diagnostique : 

Plusieurs modalités diagnostiques sont décrites.
L’examen tomodensitométrique (scanner) est généralement l’examen de choix bien qu’imparfait. Il offre une bonne visualisation du conduit auditif et surtout des éventuels remaniements osseux (épaississement de la bulle tympanique, ostéolyse dans des cas de processus néoplasiques ou choléstéatome…).
L’IRM est l’examen le plus sensible mais reste plus onéreux que le scanner.  

Notons que pour certaines races brachycéphales (Bouledogues français et anglais, Carlins), la bulle tympanique est petite et une grande partie de celle-ci peut se situer médialement à la mandibule, rendant le débridement de la bulle tympanique très difficile. L’examen d’imagerie prend alors toute son importance pour planifier au mieux la chirurgie selon l’anatomie de chaque patient. 

En quoi consiste la TECALBO ?

La TECALBO consiste en l’exérèse de la totalité du conduit auditif externe, jusqu’à son entrée dans la bulle tympanique. Cette dernière est ensuite ouverte par ostéotomie latérale, ce qui permet de retirer à l’aide d’une curette la muqueuse tapissant la paroi interne et l’ensemble des tissus anormaux s’étant accumulés dans la bulle. 

En quoi consiste la bullotomie ? 

Classiquement, la bullotomie est réalisée par un abord ventral. Une petite incision de 3 à 5 cm est réalisée en regard de la bulle (au niveau du cou). La bulle est ensuite ouverte à l’aide d’une fraise (moteur de neurochirurgie), puis une curette et un aspirateur chirurgical permettent de retirer l’ensemble de la muqueuse épithéliale recouvrant la face interne de la bulle et les éventuelles sécrétions associées. Il est nécessaire de retirer la cause de l’atteinte lorsque celle-ci est connue (polype notamment). Les polypes étant souvent localisés dans le compartiment cranio-latéral de la bulle, il est donc indispensable de l’ouvrir chez le chat (bulle bi-compartimentée). 

Notons que récemment, une nouvelle technique par abord trans-oral vient d’être décrite, et permet de réaliser tout l’acte chirurgical en passant par la gueule de l’animal, sans nécessité d’incision cutanée. 

Quels sont les risques associés aux chirurgies de l’oreille ? 

Plusieurs précautions sont à prendre en compte au cours de l’intervention. Le nerf facial s’enroule latéralement autour du conduit auditif et doit être préservé, de même que l’artère auriculaire médialement. Il est indispensable de vérifier en pré-opératoire la fonctionnalité de ce nerf (une lésion de celui-ci étant notamment à l’origine d’une paralysie faciale). 

Une lésion du nerf facial en chirurgie peut être constatée dans 13 à 39% des cas et peut être permanente dans 4 à 13% des cas. 

Un syndrome de Horner peut être présent en postopératoire et correspond à une énophtalmie, une procidence de la troisième paupière, une ptose palpébrale et un myosis. Ce syndrome est fréquent chez le chat, et se résout usuellement en quelques jours. 

Les déhiscences de sutures sont relativement fréquentes mais ne nécessitent que rarement une reprise chirurgicale. 

La perte d’audition est souvent une interrogation majeure de la part des propriétaires. Le plus souvent, la perte d’audition (au moins partielle = hypoacousie) est déjà présente en pré-opératoire. Bien que le traitement chirurgical ne permette pas une récupération complète, beaucoup de propriétaires semblent penser que leur animal garde une certaine audition en postopératoire, bien que limitée. 

Une abcédation sur le site opératoire est également possible. 

Finalement, la TECALBO et la bullotomie ventrale sont des procédures offrant un bénéfice évident dans la majorité des cas (amélioration dans 57 à 92% des patients pour la TECALBO).